La Mélisse de calme, Lippia alba

Famille Verbenaceae
Genre Lippia
Espèce Lippia alba (Mill).N.E.Brown

Noms vernaculaires[1]

Créole: mélisse de calme [milis-dé-kanm]

Aluku : piepiepao

Portugais : carmelitana

Origine

La mélisse de calme est un petit arbuste originaire de l’Amérique du sud et l’Amérique centrale qui se retrouve également en Inde, au Népal et en Thaïlande. Bien que le genre Lippia compte plus de 100 espèces, la mélisse de calme fait partie des espèces les plus répandues[2].

Aire de distribution sur les territoires français[3]

 

Figure 1 : Carte de présence de Lippia alba dans les territoires français (INPN)

Présente (indigène ou indéterminé) : Guyane Française, Guadeloupe et Martinique

Absente dans l’ensemble des autres territoires français

Itinéraire technique en Guyane[4]

La mélisse de calme est exclusivement cultivée dans les jardins ainsi que les exploitations agricoles cependant elle ne survit pas dans la nature. Les feuilles sont les principales parties de la plante qui sont utilisées à des fins médicinales, les tiges ne sont pas exploitées. La récolte des feuilles est possible à raison de 4 fois par an sans porter atteinte au développement de la plante. La technique de collecte consiste à tailler la plante, récupérer les tiges avec les feuilles puis défeuiller. Les tiges qui sont récupérées peuvent ensuite servir à la multiplication de la mélisse de calme par bouturage.

Usages traditionnels 

La mélisse de calme est utilisée pour ses propriétés médicinales depuis 1882 en Amérique du Sud, avec des usages par voie orale et cutanée ainsi que dans le domaine alimentaire. Ses feuilles renferment une l’huile essentielle, extraite par hydrodistillation[5].

Phytothérapie
  • Par voie orale: les feuilles sont traditionnellement utilisées en infusion et décoction pour traiter l’anxiété, l’hypertension, les troubles digestifs, les nausées, les fièvres, les troubles cardiovasculaires et respiratoires. Au Guatemala, les feuilles sont fumées pour traiter les nausées également[6].
  • Par application topique: Les feuilles sont utilisées en application topique, sous forme de compresse, de macérât ou de bain pour traiter les blessures, les parties douloureuses ou les affections de la peau[6],[7].
Alimentaire

La feuille de mélisse de calme est utilisée comme ingrédient dans des mets culinaires et se retrouve dans la préparation de boissons[5].

Propriétés chimiques et biologiques reconnues

PARTIE DE PLANTES TYPE D’EXTRAITS MÉTABOLITES SECONDAIRES PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES RECONNUES
Familles chimiques principales Molécules identifiées
Feuilles Huile essentielle Monoterpènes oxydés, et sesquiterpènes Citral

Géraniol

Limonène

Myrcène

Carvone

Trans-ß-caryophyllène[7],[8]

Antimicrobien, antiparasitaire, analgésique, sédatif [6],[8],[9]
Méthanolique, hydrométhanolique et aqueux Irridoïdes Acide géniposidique

Theveside

Géniposide

Méthyl ester de shanzhiside

Caryoptoside

8-épi-loganine

Mussaenoside[10]

Antioxydant, anti inflammatoire, analgésique, sédatif[6]
Flavonoïdes Apigénine-7-O-glucuronide

Apigénine-7-O-diglucuronide

Lutéoline-7-O-glucuronide,

Lutéoline-7-O-diglucuronide[10]

Phénylpropanoïdes Actéoside

Acétylactéoside

Isoactéoside

Calcéolarioside E

Forthyside B

Cistanoside F[10]

Alcaloïdes [11] Non identifiées
Saponines[11] Non identifiées

Toxicité

Dans le cadre de travaux réalisés par le TRAMIL, la toxicité d’un extrait aqueux (de 12 à 20 g/L) préparé à partir d’une décoction des feuilles de mélisse de calme a été évaluée. Pour cela, 120 à 240 mL d’une préparation ont été administrés quotidiennement par voie orale à 1000 patients sous traitement phytothérapeutique pendant 15 jours (avec un volume maximal de 720 mL/jour). Aucun signe clinique de toxicité n’a été observé chez ces patients durant la durée de l’essai[12].

La toxicité aiguë de l’huile essentielle de la mélisse de calme a aussi été évaluée dans le cas d’études expérimentales in vivo effectuées sur des groupes de souris. Des doses comprises entre 50 et 2500 mg/kg ont été administrées par voie péritonéale chez ces animaux qui ont été surveillés pendant 24 h. Le groupe de souris témoin a reçu de l’huile de sésame. Aucun signe de toxicité n’a été soulevé chez les souris témoins ou chez les animaux ayant reçu des doses d’huile essentielle inférieure à 1000 mg/kg. En revanche, au-delà de cette dose, des signes de toxicités ont été observés chez les souris (diminution de la locomotion, convulsions, etc). De plus, l’huile essentielle était létale à la dose de 2500 mg/kg[13].

L’ensemble des résultats témoignent de l’importante d’une utilisation raisonnée de la mélisse de calme, en particulier de son huile essentielle, en respectant les doses préconisées.

Anecdote

Le nom « mélisse de calme » tire son origine de l’eau de Mélisse des carmes (marque déposée) car ces deux plantes médicinales possèdent des vertus similaires (soulage la digestion, calme l’anxiété)[1].

 

Sources bibliographiques

[1] P. Grenand, C. Moretti, , H. Jacquemin. and M-F. Prévost (2004). Pharmacopées traditionnelles en Guyane. IRD Editions, Paris, France, 816 p.

[2] M.E.Pascual, K.Slowing, E. Carretero, D. S. Mata. A. Villar (2001). Lippia : traditional uses, chemistry and pharmacology: a review. Journal of Ethnopharmacology. 76, 201-214.

[3] Lippia alba (Mill.) N.E.Br. ex Britton & P.Wilson, 1925, Institut National du Patrimoine Naturel

[4] Pierre Silland, Expert botaniste

[5] J.O. Ombito, E.N. Salano, P.K.Yegon, W.K.Ngetich, E.M.Mwangi (2014). A review on the chemistry of some species of genus Lippia (Verbenaceae family). Journal of Scientific and Innovative Research. 3 (4), 460-466.

[6] T.Hennebelle, S.Sahpaz, H. Joseph, F.Bailleul (2008). Ethnopharmacology of Lippia alba.

[7] D.R.Oliveira, G.G.Leitão, S.S.Santos, H.R.Bizzo, D.Lopes, C.S.Alviano, D.S.Alviano, S.G.Leitão (2006). Ethnopharmacology study of two Lippia species from Oriximiná, Brazil. Journal of Ethnopharmacology. 108, 103-108.

[8] M.A.Lopez, E.E. Stashenko, J.L.Fuentes (2011). Chemical composition and antigenotoxic properties of Lippia alba essential oils. Genetics and Molecular Biology. 34 (3).

[9] T.G.do Vale, E.C.Furtado, J.G.Santos Jr., G.S.B. Viana (2002). Central effects of citral, myrcene and limonene constituents of essential oil chemotypes from Lippia alba (Mill.) N.E. Brown. Phytomedecine. 9, 709-714.

[10] T. Hennebelle, S. Sahpaz, H. Joseph, F.Bailleul (2006). Phenolics and Iridois of Lippia alba.  Natural Products Communication. 1 (9), 727-730.

[11] S. Haldar, B. Kar, N. Dolai, R.B.S. Kumar, B. Behera, P.K. Haldar (2012). In vivo anti-nociceptive and anti-inflammatory activities of Lippia alba. Asian Pacific Journal of Tropical Disease. S667-670.

[12] Manioc.org. Hacia una Farmacopea Caribena. Edición TRAMIL 7. Lionel Germosen-Robineau.ed. Santo Domingo, 1995.

[13] J.Olivero-Verbel, A.Guerrero-Castillo, E. Stashenko (2010).Toxicity of the essential oil of the cytral chemotype of Lippia alba (Mill.) N.E.brown. Acta Toxicol.Argent. 18(1), 21-27.