La Marie-crabe, Lantana camara

Famille Verbenaceae
Genre Lantana
Espèce Lantana camara L.

Noms vernaculaires  [1],[2]

Créole : Marie-crabe [mari-krab], verveine [vèvenn], zerb des putains [zèb-piten], thé indien [dité-endjen].

Wayãpi : yakale pili, kalaɨ ka’a

Palikur : hub ban, hub βey

Portugais : erva-chumbinho

Réunion : Galabert, corbeille d’or

Origine [2],[3]

La plante Marie-crabe est un arbrisseau sarmenteux originaire de l’Amérique Centrale et du Sud et des Caraïbes qui s’est propagée comme plante ornementale à travers le monde dans plus de 60 pays. Elle est l’espèce la plus connue et répandue du genre Lantana.

Aire de distribution sur les territoires français[4]

 

Carte de présence de Lantana camara dans les territoires français (INPN)

Présente (indigène ou indéterminé)

Introduite

Introduite envahissante

Itinéraire technique en Guyane [5]

Il existe plusieurs sous espèces de Marie-crabe en Guyane, avec des fleurs de couleur orangées ou mauve selon les pieds. Cette plante exotique est considérée aujourd’hui comme envahissante. Elle se cultive facilement dans les zones ouvertes, de remblais ou à proximité des maisons. La Marie-crabe est une plante vigoureuse, la récolte de ses feuilles (partie principalement utilisée) peut se faire 5 à 6 fois par an, en faisant attention de ne pas récolter le fruit qui est toxique et de ne pas se blesser avec la tige qui contient des épines. Pour une récolte sans risques, il est préférable de se munir de gants, de couper la tige puis de l’effeuiller. La plante se propage aisément par bouturage mais aussi à l’aide des oiseaux qui sont friands des fruits et qui répandent leurs graines un peu partout.

Usages traditionnels 

Les fleurs et principalement les feuilles de Marie-crabe, qui dégagent une odeur mentholée agréable, sont utilisées en médecine traditionnelle dans de nombreux pays pour leurs bienfaits.[1]

Par voie orale

L’infusion des feuilles et fleurs sont employées pour traiter la fièvre, la grippe ainsi que les maux d’estomac. Au Ghana, elle est utilisée contre les bronchites.[6] De plus, les décoctions des feuilles et fleurs sont utilisées comme remède contre la diarrhée en Guyane.[1]

Application topique

En Guyane, les feuilles sont chauffées puis appliquées en cataplasme sur les piqûres de raies venimeuses.[1] De même, dans d’autres régions de l’Amérique du Centrale et du Sud, les feuilles sont appliquées en cataplasmes pour traiter les affections de la peau (varicelle, rougeole) ou apaiser les douleurs.

Dans certains pays asiatiques, les décoctions sont également utilisées pour soigner certaines affections de la peau (la lèpre, la gale).[6] En bain de siège, la décoction permet de « raffermir », de « resserrer » le vagin.[1]

L’huile essentielle de Marie-crabe est traditionnellement utilisée pour traiter les maladies la peau, soulager les démangeaisons et aseptiser les blessures.[3]

Propriétés chimiques et biologiques reconnues 

PARTIE DE PLANTES TYPE D’EXTRAITS MÉTABOLITES SECONDAIRES PROPRIÉTÉS BIOLOGIQUES RECONNUES
Familles chimiques principales Molécules identifiées
Feuilles
Huile essentielle Sesquiterpène Aromadendrène ; Cubénol, Davanone D ; Épicubénol; Germacrène D; Oxyde d’humulène ; δ-elemene ; δ-cadinene ; γ-muurolène ; (±)-γ-cadinene ; β-elemene ; l-β- bisabolène ; α-cubebène ; β-cubebène ; Aglaiene ; l-α- cadinol ; Himbaccol ; Espatulénol ; Uncinéol ; β-bourbonène ; l-alloaromadendrène ;  α-ylangène ; β-gurjunène ; β-patchoulène ; Oplopanon[7],[8] Antimicrobien ; Hépatotoxique ; Insecticide[3],[8]
Aqueux ou Organique (Éthanolique ; Méthanolique ; Chloroforme) Flavonoïdes Gautine ; Acacétine-7-O-ß-D-xylopyranodise ; Tricine ; Hispiduline ; ,5,7,8-tetra hydroxyl-6,3′-dimethoxy flavone ;Camaroside ; 3-méthoxy-quercétine ; Linaroside ; Lantanoside ; Pectolinarigénine[7],[8] Antimicrobien ; Antioxydant ; Cicatrisant ; Hépatotoxique, Nématicide[8]
Phénylpropanoides Verbascoside ; Lantanaside ; Ispverbascoside ; Martynoside ; Isonuomioside A ; Calcéolarioside E[7],[8]
Triterpène (25S)-spirostan-5-ène-3β-21-diol-3-O-α-L- rhamnopyranosyl-(1,2)-[α-L-rhamnopyranosyl-(1,4)]- β-D-glucopyranoside ; Acide ursolique ; Acide lantanilique ; Ictérogénine ; Acide betulonique ; Acide betulinique ; Lantadène A  ; Lantadène B ;  Lantadène C ; Lantadène D ; Acide lantoïque ; Acide lantabetulique ; Lantamarone ; Dihydrolantadène A[7],[8]
Racines
Éthanolique ; méthanolique Alcaloïdes Lantamine[8] Antimicrobien[3],[8]
Irridoïdes Géniposide ; 8-épiloganine ; Méthyl ester de shanzhside ; Lamiridoside[7],[8]
Triterpènes Acide β,19α-dihydroxyursan-28-oique ; Acide 21,22β-epoxy-3β-hydroxyolean-12-en-28-oique ; Acide lantanolique ; Acide 22β-hydroxy-oléanonique ; Acide lantaiursolique ; Acide oléanolique ; Acide oléanonique ; Acide ursolique[7],[8]

 

 

 

Toxicité

La plante entière de Marie-crabe est considérée comme étant toxique (hépatotoxicité, phtotosensibilisation) pour l’homme ainsi que pour les animaux.[2]

Chez le buffle, la plante entière sous sa forme sèche a été administrée par voie orale à la dose de 4 g/kg et suite à cela, des effets toxiques généraux ont été relevés.[9]

Par simple contact, la plante peut induire une dermatite allergique chez l’humain. Les feuilles de Marie-crabe contiennent des Lantadènes qui sont des composés chimiques photosensibilisants ce qui a été montré au cours de nombreux essais.[2],[9] Un extrait éthanolique (à 95 %) des feuilles de Marie-crabe, à la dose de 2 mg/kg, a été administré par voie orale à un rat au cours d’une expérimentation. Après 3 min d’exposition solaire du rat ayant reçu l’extrait, une photodermatite a été observée. De plus, à la dose de 1 mg/kg, l’extrait a induit une hépatotoxicité chez le rat.[9]

Les fruits de Marie-crabe, quand ils sont verts, sont toxiques pour l’homme ainsi que le bétail (mouton, chèvres, chevaux) car ils renferment aussi des Lantadènes à l’origine de graves intoxications alimentaires qui provoquent vomissement, diarrhées, hypoventilation, léthargie voire un coma. Certains symptômes beaucoup plus graves peuvent survenir avec des troubles neurovégétatifs. Après ingestion des fruits, les symptômes peuvent survenir 2h à 6h et dans ce cas il est préconisé de pratiquer un lavage d’estomac et d’administrer du charbon actif

La toxicité de la plante Marie-crabe survient lorsque de grandes doses sont consommées. Néanmoins, son utilisation devrait être très limité malgré les usages traditionnels connus.[1],[2],[3],[7],[9]

Anecdote

Marie-crabe est aussi dénommée par les Créoles zerb des putains en lien avec son usage pour l’appareil génital féminin.

Sources bibliographiques

[1] Grenand, P., Moretti, C., Jacquemin, H. and Prévost, M.-F. (2004). Pharmacopées traditionnelles en Guyane. IRD Editions, Paris, France, 816 p

[2] Marie Crabe, L’Herbier IRD de Guyane

[3] K.Sanjeeb ; K. Gaurav ; K. Loganathan ; V.B.R. Kokati (2012). A review on medicinal properties of Lantana camara Linn. Research Journal of Pharmacy and Technology. 5 (6), 711:715.

[4] Lantana camara L., Inventaire National du Patrimoine Naturel (INPN)

[5] Pierre Silland, Expert botaniste

[6] E.L.Ghisalberti (2000). Lantana camara .L (Vervenaceae). Fitoterapia. 71, 467-486.

[7] O.P.Sherma ; S.Sharma ; V. Pattabhi; S.B. Mahato, P.D.Sharma (2008). A review of the hepatotoxic plant Lantana camara. Critical Reviews in Toxicology. 37, 313-352.

[8] H.Hussain ; J.Hussain ; A.AL-Harrasi; Z.K.Shinwari (2011). Chemistry of some species genus Lantana. Pakistan Journal of Botany. 43, 51-62.

[9] Lantana camara, TRAMIL, Programme de recherche appliquée à l’usage populaire des plantes médicinales dans la Caraïbe